De l’animal à l’âme. De l’animal sujet aux thérapie accompagnées par des animaux.

Sandrine Willens Seuil, 2011, 343p.
mercredi 16 mai 2012
par mathieu
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6/10

Évolution du discourt sur l’animal
A l’origine, l’animal est considéré comme un objet, privé de logos. Sa représentation va évoluer suivant les connaissances éthologiques et le discourt philosophique qui l’accompagne pour occuper progressivement une place de sujet singulier et spécifique. Cette spécificité, non humaine, est que l’animal n’est pas accessible par le discourt issue de la pensée, mais seulement par la poésie, du fait de la non humanité de son fonctionnement interne et de sa sensibilité.
Avec Derrida on voit l’émergence d’un point de vue de l’animal.

L’idée que la subjectivité animale est toujours une inter-subjectivité se fait jour. Parler de l’animal comme d’un sujet ne fait sens que vis à vis d’un groupe de ses semblables. [comme l’homme, sans doutes ]

Conscience de soi et objectivisation, p.38
Plusieurs animaux, comme le Chinpanzé, accèdent et dépassent le stade du mirroir, possèdent la permanence de l’objet (Corneilles...) et savent qu’il savent (cherchent a obtenir la récompense donnée lorsqu’il s’agit de douter du résultat d’un calcul compliqué).

On parle aujourd’hui de 4ème blessure (après Copernic, Darwin, et Freud) pour annoncer l’avènement de l’animal-sujet.
Il faut prêter à l’individu animal, une personnalité propre, un caractère unique.

Gratuité et Culture chez l’animal
Le jeux gratuit ainsi que l’exploration « inutile » ont été observés chez de nombreuses espèces. [On est loin de l’animal-machine des lumières.]

Le question du langage animal
Les animaux peuvent communiquer via des signes abstraits (abeilles) et on peut affirmer que nombre d’entre eux accèdent à la symbolisation. Cependant il semblerait qu’ils ne communiquent pas forcément via un message. Ils expriment des émotions et des sentiments ou des aspirations. C’est donc plus par une relation kinésique qu’ils s’accordent. Si des pont existent avec l’homme dans ce mode de communication sans message pouvant être réduit à quelque chose d’abstrait, c’est grace à notre faculté commune d’empathie. Les espèces domestiquées sont les plus aptes à envisager une communication via une forme de langage. Nombre d’entre elles le montre par le développement caractéristique de la vocalisation. Pour faire « comme nous ». Cependant, ce support semble moins riche que la lecture [synchronisation ?] des signes corporels et de posture contextuelle. Ainsi il semble que pour comprendre le comportement animal il faille « un sens clinique » de l’observation.

Malgré l’empathie dont nous sommes capables, une certaines opacité voile notre lecture du comportement animal. Pour aller plus loin , certains parlent de « communication intuitive » des animaux, au risque de tomber dans l’écueil de projeter leur propres vouloir sur l’animal.

Il a été démontré, en particulier dans des situations à objectif de soin, que l’étude de la « psychologie animale » est avant tout une étude de la relation de la relation Humain/animal et de ce qui s’y joue. Ainsi, on prête souvent des fonctions ou des pouvoirs aux animaux (dauphin ami de l’homme, chien consolateur) et, dans la relation, les choses qui se trouvent actées nous donnent souvent raison. Un nouvel anthropomorphisme peut ainsi émerger. Pour rendre possible une certaine empathie et permettre une connaissance pratique, il prête à titre métaphorique au comportement animal, un sens compréhensible par l’humain. Il ne faut pas être dupe, ce sens humainement compréhensible n’est qu’un outils et ne saurait constituer une connaissance objective.

Cognition et émotion sont inséparables
La relation peut, selon Servais et Bateson, l’emporter sur le contenu de la communication. C’est tout le champ qu’à ouvert pour nous les recherches sur la communication et qui se caractérise par la description, chez l’humain également, de la communication non verbale.
Ainsi, s’il apparaît que la présence et la communication avec certains animaux dans un objectif de soin peut se révéler apaisante pour le sujet humain, c’est qu’il s’y développe un message non verbal pouvant apparaître plus évident, plus clair, moins parasité par la parole.

A la question de l’appréhension de la mort chez les animaux il est observé des réactions particulières face à la perte d’un proche (regroupement...).
L’animal est capable de souffrance psychique. Le cas des perruches, pouvant se laisser périr des suites de la perte d’un compagnon, en est un exemple.
Il existe une psychopathologie animale. La pathologie psychique étant un comportement qui organise une mauvaise relation à son milieu, sur un mode contraire à sa propre évolution ou à celle de son espèce. Il existe une étude des psychopathologies animale prenant particulièrement en compte les pathologie du double attachement (espèce et humain) liées à des pathologies humaine. C’est le secteur le plus développé aujourd’hui car indispensable à la compréhension de certains troubles animaux (dépression canine...).
Par ailleurs, l’auteur veux tordre le cou à une idée reçus selon laquelle la plupart des pathologies psychiques des animaux sociaux proviendraient de questions de hiérarchie. Cette question de positionnement faisant intervenir les rôles de dominants et dominés semble, à la lumière des études récentes, bien être une obsession proprement humaine. Les problématiques de la séparation et de l’attachement semblent elles, par contre, particulièrement sensibles pour l’équilibre psychique de ces animaux.

Sur un plan physiologique un grand nombre d’animaux possèdent un cerveau tout à fait comparable (Un cerveau reptilien et un même système limbique gérant les émotions, l’attachement, la sociabilité, le jeux, le plaisir et la mémoire à long terme). Le cortex étant, lui, réservé aux mammifères supérieurs.

Pour accéder à l’état psychique de l’animal, à son vécu émotionnel, les praticiens accordent beaucoup d’importance à « ce que l’animal fait chez moi » à « ce que ça me fait » de le côtoyer. (Une sorte d’équivalent du contre transfert chez les psychothérapeutes ?)

De la psychopathologie animale à la psychopathologie humaine. p.104 Partir du simple pour aller vers le complexe.
« S’il n’était point d’animaux, la nature humaine serait encore plus incompréhensible », Buffon, Discourt sur la nature des animaux, in Histoire Naturelle p.559.

Comparer l’Homme à l’Animal en revient pas à l’y réduire.
Lire Collette Renard, Les nuits d’une demoiselle.
L’objection de culture, qui revient souvent pour tracer une limite nette entre les deux genres semble ne plus tenir lorsqu’on évoque les cas d’enfants, en particulier lorsqu’on étudie des pathologies liées à des carences maternelles. De plus, certains chercheurs avancent l’hypothèse selon laquelle il est un terrain où l’Homme et l’Animal se rejoignent, le terrain de l’inconscient.

Seconde partie : p.113, Vers une intégration de l’animal en psychothérapie.

Les travaux de Ferenzi puis de Hermann vont dans le sens d’un rapprochement entre les concepts d’instinct animal et celui de pulsion humaine. Pour ce dernier, l’accrochage du nouveau né (grapping reflex) est fondamental et trans-espèces chez les mammifères. Il est à l’origine d’un instinct sexuel et de la prise de distance qui suivra.
Avec le cramponnement, nous sommes dans le ça. Avec le décramponnement, nous nous ouvrons au Surmoi. Le Moi se cramponnant tour à tour à l’un puis à l’autre. Il ne s’agit pas du narcissisme primaire tel que décrit par Freud mais d’une unité duelle (enfant-mère, encore différent du concept d’attachement chez Bowlby).

Il en ressort une perpétuelle « mélancolie humaine » liée à cette perte originelle (le décramponnement) et une prépondérance du Moi et du Surmoi.
Une mélancolie de ne plus être animal liée à la perte du droit de se cramponner à ses semblables.
La thérapie viendra ici permettre de « consoler » en permettant au sujet de se cramponner à un animal (pouvant être pris ici comme substitut de la mère archaïque).

Sur ces bases K. Lorenz et J. Bowlby développeront le concept d’imprégnation et d’empreinte.

L’attachement (en lieu et place de la sexualité, chez Freud) devient un moteur originel du psychisme humain comme animal.

Le petit humain se construit d’emblée dans une relation. D’où l’importance fondamentale de l’autre dans la constitution du sujet. « La socialité cesse d’apparaître secondaire dans la constitution du sujet » p.135
Tout cela remet en question le concept d’inconscient tel que Freud pouvait le définir.
Cependant, même une imprégnation animale n’est pas irréversible. B. Cyrulnik souligne toujours la plasticité dont est capable un individu.
Sans parler de l’intrication du biologique et du sociologique dans le devenir d’un individu.

Il y a donc importance du lien à autrui, mais également importance du lien et de la relation à l’environnement.
Il faut donc, en éthologue « Observer l’homme comme on observe une espèce animale inconnue » p.143 in Cyrulnik, Mémoire de singe et parole d’Homme p.68. Il s’agit de pouvoir encore s’étonner avec des comportements dans des contextes variés.

« Dites-moi ce que vous haïssez dans l’animal, je vous dirais ce que vous refoulez » B. Cyrulnik Si les lions pouvaient parler p.15

Avec la prise en compte de l’animal, c’est l’altérité qui fait irruption chez le sujet.
Avec le cheval on observe un travail autour du Holding, un balancement porteur, un bercement. Du peau à peau, un érotisme, le travail d’un schéma corporel, même inconscient.
Interviens ici l’importance du travail d’Anzieu autour du moi-peau pour l’équithérapie.

Avec l’animal, la relation peut s’apparenter à une régression et avoir une dimension thérapeutique.

L’animal peut également endosser le rôle de « sujet transitionnel ». Voir Winnicot.


Remarques Les connaissances humaine du monde animal s’accroissent depuis que nous considérons ces derniers comme des sujets autonomes et non plus seulement comme des objets de jouissance et d’asservissement. L’éthologie est une science nouvelle et la masse des connaissances et observation accumulée encore partielle. Ainsi nous en sommes encore à parler globalement du monde animal et attendons de pouvoir effectuer les nouvelles classifications qui nous seront nécessaires pour aborder les questions du psychisme animal.